Courir est l'une des meilleures choses que tu puisses faire pour ton cœur. Trente à quarante-cinq minutes d'activité modérée par jour réduisent le risque d'accident cardiovasculaire d'environ 30 %, et on estime que 80 % des maladies cardiovasculaires seraient évitables par une meilleure hygiène de vie. Alors pourquoi entend-on parler, parfois, de coureurs qui s'effondrent ?
L'accident existe, et il faut en parler sans détour. En France, on recense environ 50 000 morts par arrêt cardiaque par an, dont plus de 1 000 au cours d'une activité physique (Ministère de la Santé). C'est rare rapporté au nombre de pratiquants, mais c'est réel. L'enjeu n'est pas d'avoir peur de courir : c'est de comprendre le risque, de dépister ce qui doit l'être, et de savoir réagir. On fait le tour des trois, avec les invités de l'épisode : le cardiologue Victor Waldmann, le secouriste de la Protection Civile Hugo Oumess, et Romane Courcault, rescapée d'un arrêt cardiaque à 15 ans.
Le sport, ami ou ennemi du cœur ?
Ami, très clairement. L'effort intense n'est pas la cause de l'accident : il en est le révélateur. Il met le cœur sous contrainte, et si une fragilité existe déjà, c'est souvent là qu'elle se manifeste. D'ailleurs, la majorité de ces accidents surviennent « chez des personnes habituellement peu actives, ou sédentaires, au cours d'une activité physique inhabituelle » (The Conversation).
Les mécanismes diffèrent selon l'âge. Après 35 ans, les accidents cardiovasculaires liés à l'exercice résultent dans 80 % des cas d'une athérothrombose : des plaques de cholestérol, accumulées pendant des années, se détachent et bouchent une artère. Chez les plus jeunes, c'est le plus souvent une anomalie non détectée, d'origine génétique ou congénitale. Et 70 % des arrêts liés au sport surviennent dans une poignée de disciplines, au premier rang desquelles la course à pied, la natation et le cyclisme (Université de Bourgogne Franche-Comté / The Conversation, 2023).
Les signaux à écouter, et ce que le cœur ne dit pas toujours
Certains accidents, notamment l'infarctus, sont précédés de signes qu'il ne faut jamais mettre sur le compte de la fatigue. Ils peuvent apparaître pendant l'effort, mais aussi dans l'heure qui suit, en pleine récupération.
À ne jamais banaliser
- Douleur ou oppression dans la poitrine, parfois irradiant vers la mâchoire ou le bras gauche, qui résiste aux antidouleurs habituels.
- Essoufflement anormal, disproportionné par rapport à l'effort.
- Malaise ou vertiges inexpliqués, à l'effort ou juste après.
- Palpitations, et parfois des symptômes digestifs. À noter : les signes diffèrent souvent entre les femmes et les hommes.
Un point d'honnêteté, rappelé par le cardiologue : l'arrêt cardiaque peut aussi être soudain, sans aucun signe avant-coureur, en particulier chez un jeune porteur d'une anomalie méconnue. C'est précisément pour cela que les deux volets comptent autant : écouter les signaux et savoir réagir quand il n'y en a pas eu.
Qui devrait faire le point avec un médecin
Pas besoin du même niveau de contrôle pour tout le monde. Mais certains profils devraient consulter avant de pousser : reprise après une longue pause, plus de 35 ans chez les hommes et 45 ans chez les femmes, antécédents familiaux, surpoids, tabac, cholestérol, et bien sûr toute personne ayant ressenti un des signes ci-dessus. La règle d'or du Club des Cardiologues du Sport est simple : un bilan médical avant de reprendre une activité intense, et signaler à son médecin toute douleur thoracique ou essoufflement anormal, quel que soit son niveau.
Concrètement : une consultation, un électrocardiogramme, et selon le profil une épreuve d'effort. C'est le cardiologue ou le médecin du sport qui fixe le rythme de tes contrôles. C'est exactement le point de départ d'un accompagnement progressif sérieux, où l'on augmente la charge sans jamais griller les étapes.
Les gestes qui sauvent : le vrai message de l'épisode
C'est la partie la plus importante, et la plus actionnable. Sans prise en charge immédiate, près de 93 % des arrêts cardiaques sont fatals (Fédération Française de Cardiologie). Et sans réanimation, les chances de survie chutent d'environ 10 % par minute : c'est pourquoi il faut agir sans attendre. Trois réflexes, dans l'ordre :
- Appeler le 15 (ou le 112).
- Masser fort et vite au milieu de la poitrine, entre 100 et 120 compressions par minute. Le tempo ? Celui de « Stayin' Alive » des Bee Gees.
- Utiliser le défibrillateur le plus proche dès qu'il arrive : il y en a 500 000 en France, et il te guide à la voix.
Deux outils à connaître, cités dans l'épisode. La formation aux premiers secours de la Protection Civile (PSC, 7 heures) : une journée pour être capable d'agir toute une vie. Et l'application Staying Alive, qui réunit plus de 540 000 citoyens sauveteurs, localise les défibrillateurs autour de toi et alerte les volontaires proches d'une victime. Le fait que la France plafonne à 7 % de survie quand la Norvège atteint 40 % se joue surtout là : sur le nombre de gens formés.
Courir en sécurité : les règles d'or
Le Club des Cardiologues du Sport résume la prévention en quelques réflexes simples, qui ne coûtent rien et protègent beaucoup :
Les bons réflexes
- Je signale à mon médecin toute douleur dans la poitrine ou tout essoufflement anormal à l'effort.
- Pas de sport intense en cas de fièvre, ni dans les 8 jours qui suivent une grippe (risque de myocardite).
- Toujours un échauffement et une récupération d'une dizaine de minutes.
- Je m'hydrate : quelques gorgées d'eau toutes les 30 minutes.
- Pas d'effort intense sous -5 °C, au-dessus de +30 °C, ou lors d'un pic de pollution.
- Ni tabac ni nicotine, surtout dans les 2 heures avant et après le sport.
- Un bilan médical avant de reprendre une activité intense, surtout après 35 ans (hommes) et 45 ans (femmes).
Sources : épisode SAFE PACE « Arrêt cardiaque : la hantise des runners » (avec Victor Waldmann, cardiologue ; Hugo Oumess, Protection Civile ; Romane Courcault) · Ministère de la Santé · Fédération Française de Cardiologie · Club des Cardiologues du Sport · The Conversation / Université de Bourgogne Franche-Comté (2023).